Mon travail consiste en des investigations méthodiques de lieux géographiques. A travers les anecdotes et histoires que je convoque, il s’agit toujours de cerner un lieu, de questionner mon rapport de familiarité à ce dernier.
A la perspective de mon départ pour Guadalajara, je dois trouver une amorce à ma recherche, une accroche pour me plonger dans le lieu, et pour diriger mon regard une fois sur place.
Depuis quelques temps je suis assez intéressée par le processus de fabrication du papier. A défaut d’avoir donc une direction clairement établie lors de mon arrivée au Mexique, j’ai décidé de m’imposer un cadre, du moins dans les débuts, qui serait un travail quotidien de fabrication de papier.
En me renseignant sur le processus de fabrication du papier végétal, j’apprend que les meilleures plantes pour cet usage sont les plantes fibreuses, comme l’ortie, le tournesol.

Tout de suite ça m’intéresse. J’ai longtemps habité à Arles, ville de Van Gogh, peintre des tournesols. Dans certaines de ses natures mortes, leur aspect solaire est complètement corrompu, et ils apparaissent comme des objets morbides, crépusculaires. Une double symbolique de la plante, qui peut incarner à la fois un zénith, une certaine apogée, mais également sa chute, le déclassement.
J’ai déjà observé l’agencement du cœur de la fleur, les graines étant placées dans une spirale parfaite, cosmique. Ces graines, je viens de le découvrir, sont très utilisées aux temps préhispaniques en Amérique Latine, par les Amérindiens du Mexique notamment. Broyées elles sont employées dans l’alimentation, comme teinture, dans des cérémonies religieuses.
Elles ne sont introduites en Europe qu’au 16ème siècle. Ce sont les Russes qui popularisent son utilisation. Je dois encore me renseigner, mais je crois que ça a à voir avec le carême orthodoxe : tous les corps gras sont bannis de l’alimentation des orthodoxes au moment du carême, mais la graine de tournesol, étant modérément grasse, échappe à l’interdiction par l’Eglise ce qui pousse les croyants à la consommer en substitution d’autres aliments gras.

Voilà quelques pistes ouvertes pour le moment. Je trouve l’histoire autour du tournesol, de sa culture, et de sa diffusion assez intéressante, car une même plante traverse des usages culturels et religieux profondément différents et divergents.

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