https://www.cairn.info/revue-l-observatoire-2010-1-page-3.htm

"L’art dit « public », jusqu’alors avait relevé exclusivement de la décision ou de la commande officielles, et s’incarnait pour l’essentiel dans l’élévation de statues au milieu de squares ou le long d’avenues, sur un mode somptuaire, de célébration ou de propagande. De la même façon, le monde du spectacle vivant était cantonné dans ses lieux traditionnels de représentation pérennes ou éphémères et nomades : la salle de spectacle, le chapiteau du cirque. Tout change avec la modernité, qui concrétise un principe de « sortie ». Dorénavant, en effet, l’artiste « sort » de plus en plus fréquemment en ville, avec cette conséquence esthétique : l’expression artistique mute. Naissance de l’intervention artistique, du happening au dehors, dans ce vaste « atelier sans murs » (Jean-Marc Poinsot) qu’est l’univers de la rue."

"En termes esthétiques, l’art d’intervention en milieu public se caractérise d’abord par un mouvement d’extraction physique hors des lieux traditionnels d’exposition ou d’expression que sont musées, galeries d’art et salles de spectacle : l’art qui investit la rue, en bonne logique, en appelle directement aux spectateurs, soit parce qu’il s’éprouve dehors, en plein air, soit parce qu’il réclame du public, au sein de l’espace public même, un geste, une participation."

"Autre aspect qualifiant l’art aux prises avec le territoire public : cet art engage toujours un rapport direct à la vie sociale. Recourir aux lieux publics, pour l’artiste, c’est inévitablement rencontrer la population, c’est la solliciter esthétiquement de façon raccourcie, sans en passer par le filtrage muséal."

"Daniel Buren, excellent théoricien des formes d’art dites « en contexte réel » – formes d’art qu’il a lui-même pratiquées en pionnier du genre –, le dit de façon claire : « L’art dans la rue ? Pourquoi pas ! Mais [alors] totalement repensé, revu et corrigé (…). Le travail in situ est le seul qui puisse permettre de contourner, et de s’adapter à la fois, et intelligemment aux contraintes inhérentes à chaque lieu (…), il peut dialoguer directement avec le passé, la mémoire, l’histoire du lieu (…), il ouvre le champ d’une possible transformation, du lieu justement » [1]
[1] Daniel Buren, À force de descendre dans la rue, l’art peut-il…."

Extraits & Recherches

Recherches et Réflexions autour de l'Artiste, le Spectateur et l'Intervention dans l'Espace Publique.

Aurore Balsa
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