WIP_Lima

Mon intérêt pour la mondialisation vient des rapprochements temporelles et géographiques que j’opère dans mon travail pour aborder mon histoire personnelle.

Parler de choses très distantes et les mettre au même niveau ou utiliser d'autres choses pour parler d'une autre chose. Je parle en premier lieu de mon vécu et des mes amis suicidés, je parle de comment il est compliqué de grandir coupé du monde de la culture, je parle du fait de n'avoir que la nature comme unique terrain de jeu.
Je parle aussi de tous ces éléments lointains, de l'ailleurs. C'est pour moi une façon de traiter indirectement ces sujets plus profonds, je vais chercher ailleurs ce qui n'existe pas, ou plus, comme pour évoquer le manque qu'il y a eu dans ma vie et qui subsiste encore aujourd'hui. Je superpose des histoires entre elles et créer des connexions qui n'ont pas lieu d'être pour créer du nouveau. L'exotisme est un prétexte car il parle d'une quête de l'inexistant tout comme je le fais depuis que j'ai quitté la nature. Je parle d'une projection de vie vouée à l'échec, d'un état constant de tristesse, de mélancolie. Je ne considère pas l'exotisme et la quête d'une vie autre comme un idéal car dans le fond ce n'est pas l'exotisme que je cherche en voyageant ou travaillant (si l'on devait admettre l’existence de ce mot) mais il s'agit pour moi de réveiller les morts et vivre au plus près de la nostalgie et des fantômes.

Cela pourrait donc dire travail autobiographique dans un sens.
Et c'est pour cette raison que le texte m’intéresse de plus en plus car il permet l'intégration de ce genre de notions, de rappel du passé dans le travail. Il est, aussi, ce qui me semble être le plus juste de ramener aujourd'hui de voyage.

Avec le temps je pense que mon histoire personnelle est la seule chose qui mérite d'être contée de mes mains car elle est la seule qui peut s'exprimer au travers du langage de l'art et du sensible puisqu'elle est la seule que je maîtrise assez pour être transformée en émotion. Cela ne veut pas dire que de grandes notions telles que l'anthropocène ne peuvent pas être raccordées par la suite à mon travail, cela veut dire que ces notions ne peuvent devenir des sujets de recherche.

Raconter ces histoires via le prisme du voyage n'est finalement que la manière de le faire, mais ce même voyage n'est pas le sujet de mes recherches.

L'artiste n'est, selon moi, pas un chercheur au sens commun de ce qu'est un chercheur.
Je ne vais pas illustrer la pensée éco-queer, cosmo-ecologique ou anthropocénique avec mon travail. En tous cas, ce n'est pas ma volonté première (d'autant plus quand ces sujets sont encore débattus par la communauté scientifique) mais si mon travail y fais écho un temps donné, cela peut être intéressant car ainsi se rajoute une couche de lecture.

Je ne cherche délibérément pas à nourrir une réflexion commune engagée par un groupe de scientifiques reconnus comme tel. Ou alors il faudrait dire que l'artiste peut, à certain moment de sa création, apporter des contributions à des domaines de recherche. Mais dans ce cas là, qui les valideraient?
La recherche ou le sujet, sont aussi pour moi un cadre dans lequel il manque bien souvent de liberté et qui n'est pas assez créatif.
En effet, si pour un historien ou critique un sujet peut être envisagé car ils produisent tous deux un discours en relation avec les idées du concept discuté, l'artiste, lui, peut selon moi outrepasser ce cadre et utiliser un autre langage qui n'est pas admis dans un domaine dit de recherche car la véracité n'est pas sa quête absolue.

Finalement, j'utiliserai bien un autre mot que recherche ou sujet, mais je ne sais pas lesquels?

J'ai toujours besoin de fouiller de partout car il y a toujours plusieurs niveaux de lectures dans mes installations et je n'ai jamais pu limiter le discours d'une pièce à un concept.
Ces transpositions géographiques et culturelles créent pour moi l'intérêt de mon travail, c'est en tous cas ici que j'y trouve du plaisir.

Aujourd'hui, les rencontres et les discussions que je vis au Pérou m'amènent à réfléchir à certains épisodes de mon passé auxquels peuvent et pourront se rattacher des notions d'ordre de recherche plus globale.

Je dirai que la réflexion autour de mon histoire et la ligne directrice qui va tout droit, sans détours et à laquelle viennent se rattacher ponctuellement des notions plus globales, plus distancées. Mes projets matérialisent donc ces points de rencontres.
Et si je devais lister ces notions de second plan pour "tracer un chemin" que vous pourriez suivre, les voici :
- le rapport qu'entretient la muséologie avec les restes humains
- l'artificialité du monde
- la domination de l'homme sur son environnement
- la pauvreté du vocabulaire et le besoin (ou non) de nommer les choses
- la notion d'espèce, de genre et d'héritage
- la pratique du soclage et l'artisanat

Pour le moment, ce sont des directions très globales mais qui ont pour moi du sens associées entre elles.
Je suis stimulé par l'idée de produire un travail à la limite du bdsm entre le support de présentation (le soclage) que je décide pour ce projet de pousser jusqu'à un aspect de contrainte, de torture et les morceaux de corps en silicone. Cela créer un jardin presque apocalyptique, futuriste et peut être dystopique.
Il s'agira de "planter" le décors avec cette installation au sein duquel toutes les réflexions que nous avons en ce moment vont pouvoir exister ou non.

Tout ce projet dans le fond n'est qu'à propos de domination.
Domination de l'homme sur son environnement, domination du critère esthétique dans la proposition de prothèse calquées sur des idéaux de beauté et domination du support de présentation (et donc du dispositif muséal) sur son objet. Ces différents axes peuvent évidemment être expliqués et mis en lien en effet par ce qui compose et nourris l'anthropocène.

C'est ici, je pense, le point de départ de ma réflexion.
Et dans l'idée d'un monde, où toutes espèces se confondes et vivent en symbiose, y-aurait-il encore des rapports de force? Une hiérarchie existante?

WIP LIMA

28/08/2019

saint-maxent benjamin
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