Je reviens sur ce que tu as écrit sur le lien entre le lieu de résidence et le travail de l’artiste, l’influence de l’un, de l’autre.
Quel est l’intérêt pour un artiste d’une résidence à l’étranger ? Contrairement au sociologue, anthropologue, archéologue, ethnologue, reporter, journaliste, photographe, le travail de l’artiste n’est pas subordonné au terrain, il s’y intéresse sans doute mais ce qu’il produit, objet ou réflexion, peut l’être ici ou ailleurs, indépendamment de l’endroit où il se trouve. Il est évident que le terrain influence son travail, sa réflexion, sa pratique, quel que soit ce terrain : celui lointain de la résidence à l’étranger comme celui de son atelier, de sa ville. Réfuter toute influence contextuelle équivaut à nier le travail de l’artiste (travail généré par des relations d’altérité). Mais prendre conscience de l’influence du contexte de résidence est autre chose que diriger son travail en fonction du lieu de résidence. Venir à Marseille pour travailler le savon ou à Mexico pour un projet piñata témoigne de la pauvreté intellectuelle de l’artiste-touriste et de son désespoir face à la production. (toujours à la recherche d’une «nouvelle idée »). Produire une oeuvre à l’étranger ne peut se justifier que parce qu’elle y reste (vente, exposition) ou parce qu’il s’y trouve une compétence particulière indispensable à sa fabrication.

L’intérêt d’une résidence à l’étranger, pour l’artiste, réside - me semble-t-il - avant tout dans les relations qu’il créé durant son séjour à partir des discussions autour de son travail, des échanges de points de vues avec d’autres artistes, professionnels de l’art et public. Dans ce cadre là, il ne peut émerger que des tentatives d’oeuvres, des esquisses, des propositions rapides dont le seul but est de favoriser les discussions. En aucun cas il serait question de créer une oeuvre qui aurait une coloration locale ou de monter une exposition magistrale présentant le travail de l’artiste aux autochtones. A mon sens le seul intérêt pour l’artiste est la remise en question de son positionnement. Et c’est précisément à l’étranger, hors de son environnement habituel, que l’artiste doit confronter sa pratique et sa position de manière plus aigüe. Le lieu de résidence idéal est un lieu dans lequel l’artiste doit trouver une place (qui n’est pas acquise d’emblée), c’est à dire se repositionner en ré-interrogeant sa pensée et sa pratique. A contrario un lieu qui le conforterait dans ses certitudes, qui célèbrerait sa renommée, s’apparenterait davantage à une étape dans la tournée commerciale d’un vendeur ambulant.

Si la foire internationale répond à la logique du marché de l’art, les enjeux des résidences d’artistes à l’étranger sont sans doute plus ambigus. Dans bien des cas il s’agit d’une valorisation du parcours de l’artiste, supposée lui conférer une dimension internationale et la visibilité qui va avec. Certains lieux de résidences peuvent valider un parcours lorsque d’autres n’apportent qu’une faible valeur ajoutée au CV de l’artiste. La résidence d’artiste s’inscrit malheureusement davantage dans une stratégie professionnelle et carriériste plutôt que dans une invitation à la réflexion, à l’observation et à la recherche.


Merci pour ce texte avec lequel je suis entièrement d'accord.
Il y a de nombreuses phrases qui font écho à ma manière de voir les choses.

Cela rejoint aussi un peu l'état de déception que je cherchais à avoir. Car il est vrai que quand l'on se rend dans un pays éloigné pour la première fois, un réflexe vient à vouloir coloriser son expérience artistique comme une preuve finalement, un moyen de dire "j'y étais".

Et j'ai aussi ressenti cela quand l'on préparait le projet à Dos Mares avant le départ. Comme un besoin de projet nouveau qui serait lié au Pérou et que, malgré moi, j'aurai identifié au Pérou. Ce qui a créé de mon côté un tas d'idées de projets sorties de nulle part qui ont été très stériles et synonyme de perte de temps.

Ce réflexe de "l’artiste-touriste"est aussi incité par de nombreuses résidences d'artistes qui demandent des projets spécifiques en tant que dossier de candidature plutôt que de simplement demander un portfolio qui dit "voici mon travail, vouloir le poursuivre est ma motivation" et cela suffit!

Continuer mes recherches est tout ce que je demande. Et dans ce cas là, quelle place a le voyage dans la construction d'un projet?
Donc oui, "quel est l'intérêt d'une résidence" masque plutôt une autre question pour moi qui est : quel est l'intérêt de faire un si long voyage si cette expérience ne se matérialise pas et si ces recherches peuvent être poursuivies à son atelier. J'ai trouvé la réponse dans le fait d'être loin de tout et décalé de tout. Cela donne de l'espace et du temps à la réflexion qui est aujourd'hui quasiment impossible à trouver dans son quotidien.
Et en effet, le plus important et le plus enrichissant sont les rencontres et échanges que l'on fait sur place.

Ils ont été très nombreux pour ma part et je m'en réjouis.
C'est important pour moi de pouvoir vivre ces moments d'autant plus quand je traite de l'exotisme et que ce mot a différentes définitions selon l'endroit où on le prononce dans le monde.

Mais je crois que c'est un sujet qui mérite plus de temps de réflexion et d'échange, voir même plus de participants!

Réponses à la réflexion sur la résidenc
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