Ces « pop-up « ont sans doute quelque chose à voir avec une critique sociale, ils sont construits à partir d’un espace de représentation sociale : le salon, dans lequel Anne du Boistesselin aurait retiré la dimension fonctionnelle de chaque pièce de mobilier simplement en aplatissant l’objet, en réduisant son épaisseur à celle d’un tableau, sans en modifier le contour. Chaque meuble se présente comme un panneau exposant sa face décorée aux visiteurs. Avant écrasement deux fonctions se côtoyaient : l’une pratique (s’assoir dans un fauteuil) l’autre sociale (tel type de fauteuil), désormais ne subsiste que la fonction sociale, l’image du fauteuil, le marqueur social lié à son style, à la mode du moment, à son prix, sa rareté, ses références. L’ensemble des meubles aplatis et disposés dans l’espace, intérieur ou extérieur, rejouent l’image du salon. La dimension perdue dans l’aplatissement de chaque meuble (dimension relativement peu importante) se retrouve dans la profondeur d’une scène dont les éléments mobilier en sont les toiles peintes. L’accent est mis sur l’espace qui sépare les meubles (l’espace est aussi un marqueur social), c’est entre les meubles que les invités pourraient passer si ils y étaient invités mais la scène doit rester inhabitée, seulement visible frontalement pour offrir son meilleur angle car passer entre les meubles serait avoir un autre point de vue, découvrir ce qui se cache derrière la façade peinte (maquillée ?)

Salut Adrien,
Pour revenir sur notre conversation de vendredi à propos de ton workshop à Valparaiso, nous sommes tous les deux d’accord sur le fait de repositionner ou plutôt de préciser le sujet. Voici mon opinion en quelques lignes, je reprends ce que tu as développé et espère que cela pourra t’aider a rédiger l’intitulé du workshop.
La falsification implique une intention de modifier la valeur d’un fait, d’une chose, de la dénaturer dans l’objectif d’abuser le jugement d’autrui et d’altérer son interpretation.
Le workshop que tu proposes, en reprenant ce dont nous avons parlé vendredi, ne serait donc pas centré sur le faux ou sa fabrication mais sur ce qui est ni vrai ni faux : l’approximation, l’ambiguïté, l’incertitude. Comment à partir d’altérations de la mémoire individuelle, d’imprécisions de témoignages ou de différentes versions d’anecdotes relatives à un même fait historique peuvent émerger des récits potentiels fondés sur des informations perdues, des absences de la mémoire individuelle puis collective . Finalement bien au delà d’une réflexion sur le faux, il s’agirait de comprendre et d’exploiter la place que laissent - en creux - les détails oubliés, permettant de construire à partir de ce qu’ils ne nous disent plus ce qu’il est possible d’imaginer.
Je crois que ce sur quoi tu travailles dans ce workshop est ce qui précède le faux - ouvrant la porte à la fable - le faux est ancré et se développe dans ce qui n’est pas dit, ce qui est oublié, ce qui n’est plus vérifiable, ce qui se contredit, ce qui est flou ou obscur.

Workshop

Pour revenir brièvement sur la méthode de travail, il n’y a évidemment pas de bonne ou de mauvaise méthode, il y a des méthodes qui laissent davantage de place au réel, qui reposent sur ce qui est vécu et d’autres qui s’appuient sur une position singulière, déterminée et néanmoins ouverte. Il est essentiel selon moi d’émettre un point de vue, d’en délimiter les contours et d’imaginer les axes, les potentiels. Je crois que nous divergeons sur ce qu’est la recherche. L’intuition est une aptitude, une faculté. Pour tirer profil de rencontres ou de discussions dues au hasard, il me semble important de formuler ses préoccupations, non pas pour trouver des réponses et dans la foulée trouver quoi produire mais pour rester éveillé, pour reconnaitre dans ce qui se présente ce qui vient enrichir le propos de ce qui le rend plus confus.

Lorsque tu dis « Il est donc difficile pour moi de préciser le sujet de mes recherches à Lima et Aréquipa car en effet elle n'est pas déterminée «  nous sommes d’accord : la recherche n’est jamais déterminée mais le sujet, lui, doit l’être pour au moins poser les bases sur lesquelles la recherche va progresser. Ma question portait sur le sujet , non sur la recherche.
Selon ta piste «  la place de l'environnement dans l'histoire de la construction humaine » qu’entends-tu par environnement ? Effectivement dans un premier temps la relation nature-culture ne peut être écartée.

A ta question « quels sont les besoins d'une plante et est-ce que l'homme peut y répondre? «  nous pouvons en ajouter d’autres : Est-ce-que l’homme doit y répondre ? Est-ce qu’une plante a besoin de l’homme et quel type de relation peut se créer entre humain et non-humain ? Maitriser la nature ? La domestiquer ? Inversons le rapport en proposant que malgré les apparences la nature maitrise (peut-être finalement) l’homme ? qu’en y regardant bien la nature a évolué bien avant la présence de l’homme et sans doute après sa disparition ? la question de l’anthropocentrisme…

A l’occasion, lire ceci :
Revue française d'histoire d'outre-mer
Maîtriser la nature : un enjeu colonial. Botanique et agronomie enGuyane et aux Antilles (XVIIe-XVIIIe siècles)François Regourd
https://www.persee.fr/docAsPDF/outre_0300-9513_1999_num_86_322_3716.pdf
Enjeux de pouvoir, Pratiques primitives d’appropriation de la nature, Savoirs sauvages et hybridations,

Pourrais-tu préciser dans le détail le sujet de tes recherches ?
Nous sommes d’accord qu’il s’agit bien de recherche fondamentale, c’est à dire une recherche dont l’objectif n’est pas déterminé. Le terme de recherche est un peu fourre-tout, chacun y cache ce qu’il veut, à la recherche d’une idée, d’un sujet, d’un matériau. La recherche fondamentale ne s’oppose pas à la recherche appliquée, elle la précède. Pour être tout a fait clair, une recherche appliquée est par exemple comment réaliser une oeuvre, comment placer des tables pour une conférence, étudier les options et choisir la plus efficace. Le recherche fondamentale repose sur le fond et dans le cas de l’artiste sur son statement. Aucune oeuvre n’est envisagée mais des hypothèses de travail c’est à dire des pistes sur des sujets précis, délimités, énoncés. Ce type de recherche suit chacune des pistes et parfois c’est une impasse. Cette impasse est alors perçue par l’artiste comme une perte de temps au regard de sa production (voire hyperproduction) mais cette même impasse permet d’avancer efficacement dans la recherche énoncée : elle délimite un peu plus la position de l’artiste, défini encore davantage son statement et finalement permettra une production plus efficace, singulière et pertinente.

L’intérêt de l’artiste pour une résidence (à l’étranger ou pas ) est de s’immerger dans un environnement avec lequel il n’est pas familier et être l’étranger au regard des locaux. Il apporte son point de vue et recueille celui des individus qu’il croise. Parfois il s’agit de professionnels de l’art, parfois pas. Dans le meilleur des cas ces échanges le font progresser dans la pensée de sa pratique. Pour participer à une résidence de recherche (fondamentale) il est impératif d’énoncer ce que l’on recherche et de poser les pistes, les hypothèses de travail. Rechercher sans définir une méthode, sans décomposer la recherche en zones, sans énoncer les pistes équivaut à perdre son temps, à se perdre soi-même tout en se flattant de mener une recherche.

Dans ton projet actuel, tel que tu le penses depuis ton arrivée au Pérou, peux-tu donc préciser l’objet de ta recherche, les pistes que tu as choisi de suivre durant ce passage à Lima et Arequipa, quelle méthode tu as mis en place pour développer cette recherche et comment les pistes viennent s’articuler au sein de cette méthode.

Je reviens sur ce que tu as écrit sur le lien entre le lieu de résidence et le travail de l’artiste, l’influence de l’un, de l’autre.
Quel est l’intérêt pour un artiste d’une résidence à l’étranger ? Contrairement au sociologue, anthropologue, archéologue, ethnologue, reporter, journaliste, photographe, le travail de l’artiste n’est pas subordonné au terrain, il s’y intéresse sans doute mais ce qu’il produit, objet ou réflexion, peut l’être ici ou ailleurs, indépendamment de l’endroit où il se trouve. Il est évident que le terrain influence son travail, sa réflexion, sa pratique, quel que soit ce terrain : celui lointain de la résidence à l’étranger comme celui de son atelier, de sa ville. Réfuter toute influence contextuelle équivaut à nier le travail de l’artiste (travail généré par des relations d’altérité). Mais prendre conscience de l’influence du contexte de résidence est autre chose que diriger son travail en fonction du lieu de résidence. Venir à Marseille pour travailler le savon ou à Mexico pour un projet piñata témoigne de la pauvreté intellectuelle de l’artiste-touriste et de son désespoir face à la production. (toujours à la recherche d’une «nouvelle idée »). Produire une oeuvre à l’étranger ne peut se justifier que parce qu’elle y reste (vente, exposition) ou parce qu’il s’y trouve une compétence particulière indispensable à sa fabrication.

L’intérêt d’une résidence à l’étranger, pour l’artiste, réside - me semble-t-il - avant tout dans les relations qu’il créé durant son séjour à partir des discussions autour de son travail, des échanges de points de vues avec d’autres artistes, professionnels de l’art et public. Dans ce cadre là, il ne peut émerger que des tentatives d’oeuvres, des esquisses, des propositions rapides dont le seul but est de favoriser les discussions. En aucun cas il serait question de créer une oeuvre qui aurait une coloration locale ou de monter une exposition magistrale présentant le travail de l’artiste aux autochtones. A mon sens le seul intérêt pour l’artiste est la remise en question de son positionnement. Et c’est précisément à l’étranger, hors de son environnement habituel, que l’artiste doit confronter sa pratique et sa position de manière plus aigüe. Le lieu de résidence idéal est un lieu dans lequel l’artiste doit trouver une place (qui n’est pas acquise d’emblée), c’est à dire se repositionner en ré-interrogeant sa pensée et sa pratique. A contrario un lieu qui le conforterait dans ses certitudes, qui célèbrerait sa renommée, s’apparenterait davantage à une étape dans la tournée commerciale d’un vendeur ambulant.

Si la foire internationale répond à la logique du marché de l’art, les enjeux des résidences d’artistes à l’étranger sont sans doute plus ambigus. Dans bien des cas il s’agit d’une valorisation du parcours de l’artiste, supposée lui conférer une dimension internationale et la visibilité qui va avec. Certains lieux de résidences peuvent valider un parcours lorsque d’autres n’apportent qu’une faible valeur ajoutée au CV de l’artiste. La résidence d’artiste s’inscrit malheureusement davantage dans une stratégie professionnelle et carriériste plutôt que dans une invitation à la réflexion, à l’observation et à la recherche.

Très bien, oublions la déception et focalisons nous sur ta pratique de la ville. Qu’entends-tu par pratiquer une ville ? ou se l’approprier ?
Peut-être cela s’apparente davantage à une extraction par prélèvements successifs (d’images, de produits) et une exportation qui peut être instantanée via les réseaux sociaux par exemple ou différée dans le cas de objets dits souvenirs. Il me semble que le touriste classique recherche l’extraction idéale : rapide, efficace, exploitable et dans la même attitude l’autochtone classique dans ses propositions tente de rejoindre le désir du touriste classique. Authentique versus exotique ?

Qu’entends-tu par « questionner l’idée d’espèce » ?
Qu’est ce qui finalement distingue l’homme de son environnement ?
De quel environnement parle t-on ? (intime, proche, global)
Qu’est-ce qu’un environnement neutre ?
Enfin, qu’entends-tu par « toutes les espèces seraient au même niveau « ? Et qui déciderait du niveau ? Quelles pourraient en être les conséquences ?

Il semblerait que l’anthropocène s’invite dans tes préoccupations actuelles. Quelle articulation vois-tu entre le milieu queer péruvien et l’hybridation que tu proposes ?
Dans le cas d’un « homme capable de se reproduire avec la flore » qu’en pense la flore ? Est-elle consentante ? Nous avons déjà une flore et une faune avec laquelle nous cohabitons, à l’intérieur de notre propre corps et à sa surface. Toutes les espèces, animales ou végétales, tirent profit de cette association intime entre organismes hétérospécifiques (symbiose).

Je suis plutôt d’accord avec recherche sur la notion d’environnement, d’une part parce qu’elle se situe dans le prolongement de l’exotisme, qu’elle est une notion subjective et qu’elle génère de l’altérité.

Parlons-en.

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De quoi s'agit-il ?

https://www.are.na/block/4821734

une recherche formelle ?
un objet trouvé et modélisé ?

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